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Développement durable / par Paul Maréchal

In : Dictionnaire de l'autre économie / sous la dir. de Jean-Louis Laville et Antonio David Cattani. - Paris : Desclée de Brouwer, 2005, pp.125-132

"Définition

Un processus de développement est dit « durable » lorsqu'il permet de « répondre aux besoins du présent sans compromettre la possibilité pour les générations futures de satisfaire les leurs » (CMED,1988, p. 11). Proposée en 1987 dans un rapport de la Commission mondiale sur l'environnement et le développement (CMED) intitulé Notre avenir à tous, texte également appelé Rapport Brundtland en référence au nom de son auteur, cette définition s'est imposée aux dépens d'autres formulations généralement moins concises ou plus restrictives.

Née du constat que le mode de fonctionnement de la sphère économique risque de compromettre à plus ou moins brève échéance l'habitabilité de la Terre, la notion de développement durable vise à fonder une pratique écologiquement et socialement responsable de la vie économique. Malgré la relative imprécision de la définition qu'il avance, le grand mérite du Rapport Brundtland est d'avoir permis l'inscription de l'exigence de durabilité au coeur du débat public et sur l'agenda politique. Preuve de ce succès, le développement durable constitua l'un des thèmes clés de la Conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement — le célèbre « sommet de la Terre » — tenue à Rio de Janeiro en juin 1992, acquérant par là même une célébrité planétaire.[…]

Un débat d'interprétation

Il reste néanmoins à définir comment, de façon concrète, satisfaire l'exigence de durabilité. Or, sur ce sujet, les avis des économistes divergent.

Les uns, libéraux, qui se réclament de la « soutenabilité faible », postulent que le capital naturel et le capital technique sont assez largement substituables — autrement dit que la disparition d'une partie du premier peut être assez aisément compensée par un accroissement du volume du second — et qu'il convient donc de laisser aux mécanismes du marché le soin de parvenir au degré ou au rythme optimal de destruction de la nature.

Les autres, dont les travaux relèvent de la « soutenabilité forte », conscients du caractère irremplaçable des régulations assurées par la biosphère (et sans doute plus fidèles à l'esprit du Rapport Brundtland), estiment que le capital naturel et le capital technique sont peu, voire (dans de nombreux cas) non substituables. Ils en concluent que les actifs naturels doivent faire l'objet d'un type de gestion qui ne soit pas fondé sur la logique du marché mais sur celle de leur mode de reproduction propre. D'où, par exemple, cette idée, présente dans certaines variantes de la soutenabilité forte, d'identifier au sein du capital naturel les éléments dont la destruction engendrerait des dommages irréversibles à grande échelle et ne pourrait être palliée par aucun progrès technique. Ce « capital naturel critique », pour reprendre l'expression habituelle, devrait être considéré comme complémentaire au capital technique (c'est-à-dire absolument non substituable) et en conséquence soustrait à la logique marchande.

 

Cette idée de capital naturel critique pourrait d'ailleurs être étendue au capital humain et au capital social. Il est en effet évident qu'en dessous d'un certain niveau de soins, d'éducation, de formation... le capital humain ne peut plus se reproduire. Il en va de même du capital social qui se dégrade irréversiblement lorsque par exemple les inégalités atteignent un niveau trop important. Dans les deux derniers cas, c'est l'homme en tant qu'être vivant et qu'être social ainsi que la société elle-même qui se retrouvent en danger. Dit autrement, toute véritable politique de développement durable exige que le capital naturel, le capital humain et le capital social soient gérés selon des critères spécifiques, propres à leurs modes de fonctionnement et de reproduction.

Conclusion

Par cette double exigence de justice et de prise en compte de la finitude du fonds terrestre, la notion de développement durable appelle — et c'est sans doute l'un de ses principaux intérêts — à réintroduire le souci éthique tant au plan intragénérationnel qu'intergénérationnel au cœur de l'analyse et des pratiques économiques. Face aux dérives de la mondialisation néolibérale, au creusement des inégalités et au saccage de la biosphère, une telle injonction ne peut être que salutaire."

 

Consulter le Rapport Brundtland : http://www.are.admin.ch/are/fr/nachhaltig/international_uno/unterseite02330/