©Tribune de Genève, 12.06.2005, http://www.tdg.ch

Moutinot: «Cessez de prendre le logement en otage!»

Aménagement - Le patron du DAEL s’en prend à Mark Muller et à Pierre-Louis Portier.

Marc Bretton

La campagne électorale a commencé jeudi et les Communaux d'Ambilly ont fourni le terrain de la première escarmouche. l'Entente et l'UDC ont réussi à faire passer une motion allant à la rencontre des demandes de la commune de Thônex et des riverains des Communaux. Le texte hérisse Laurent Moutinot, le chef du Département de l'aménagement.

Laurent Moutinot, vous avez perdu une bataille au Grand Conseil sur les Communaux. Votre sentiment?
Cette motion risque de nous faire perdre plus d'une année. Elle oblige à recommencer la procédure de modification de limite de zone sur une partie du périmètre. Mais la manœuvre est claire: les députés Portier et ­Muller cherchent à me mettre en difficulté. La crise du logement est le cadet de leur souci. Je leur dis: Cessez de prendre le logement en otage!

Plus d'une année de retard à cause d'une motion, cela paraît beaucoup.
Il reste une solution pour l'éviter. La loi demande au département de vérifier que la modification de zone proposée respecte le plan directeur cantonal. Or ce dernier demande une utilisation rationnelle des Communaux. Je ne suis pas convaincu que la motion respecte cette exigence. Il y a quelque chose à creuser.

L'Entente et l'UDC estiment faire un pas en direction des habitants et de la commune.

Certains éléments sont pertinents. Une réalisation par étape, d'accord. Mettre le paquet sur les transports publics aussi. Sur le fond, je suis d'accord avec la demande de «raccorder» au mieux le nouveau quartier des Communaux avec la zone villa. La maquette que nous avons réalisée montre bien que nous allons dans cette direction. La revendication aurait pu intervenir au stade du plan directeur de quartier et du plan localisé sans faire perdre du temps au projet. Je pense d'ailleurs que ce n'était pas l'intention de la majorité des députés qui ont voté ce texte, mais Portier et Muller, eux, savaient ce qu'ils faisaient.

Vous accusez la droite de jouer un double jeu?
C'est évident. La droite procède en deux temps: d'abord, elle limite les constructions dans un périmètre et ensuite elle autorise des surélévations d'immeubles. Ce n'est pas correct.
 


Les Communaux sortent des limbes

Les plans c'est bien joli, mais rien ne vaut une maquette pour se faire une idée des futures constructions. C'est dans cette optique que celle des Communaux a été réalisée. Exposée à la Salle des Pas-Perdus à l'intention des députés, elle pourrait être exposée publiquement ultérieurement cet automne.

«La maquette donne une image fidèle de la densité, de la profondeur et des gabarits des immeubles», explique Michel Nemec, architecte urbaniste, coauteur du projet avec Joan Busquets et Olivier Archambault.. «La densité moyenne est de 0,85 et les maison ont en moyenne 4,3 étages, rez compris.»

En moyenne, car certains immeubles auront deux niveaux et d'autres sept. Le site sera organisé en échiquier avec des cases remplies, baptisées pièces urbaines, et des cases pour des espaces verts. Un long mail arborisé de 40 mètres de large traversera le site et desservira les accès aux pièces urbaines.

Ces dernières, dont la réalisation sera confiée à de nombreux architectes seront toutes différentes. «Le but de ces pièces est de recréer une sorte de village avec son square et ses rues piétonnes, bref, tout un espace collectif à partager», souligne Nemec. «La différence avec les grands ensembles des années 60 tient dans la volonté de rompre avec l'uniformité de l'architecture, des implantations et avec l'indifférenciation des espaces verts.» Selon l'architecte, le défi consiste «à traduire la diversité de la vie moderne dans des quartiers différents disposants d'espaces internes que les habitants pourront adapter à leurs besoins».
(mbn)


Muller et Portier ripostent

La charge de Laurent Moutinot n'émeut guère Mark Muller et Pierre-Louis Portier. L'avocat libéral persiste et signe: «la motion votée jeudi par le Grand Conseil est nécessaire. Elle obéit à deux considérations: construire, mais en collaborant avec les communes et les habitants. Or, faute de concertation, on n'arrive à rien et on ne construit rien», souligne le député.

Pierre-Louis Portier comprend de son côté la déception de Moutinot, mais estime que la motion est souple. Elle «bride les gabarits sur une partie du périmètre, mais pas la densité et ce sur une surface qui n'est pas déterminée », souligne le candidat PDC au Conseil d'Etat. Le DAEL garde donc une marge de manœuvre.

Muller et Portier soulignent «que ce n'est pas la première fois que l'Entente joue un rôle de médiateur entre le DAEL qui agit souvent à la hussarde et la population. Ces interventions auraient eu des effets positifs tant à Frontenex, qu'à Cologny. A Thônex aussi, la méthode serait efficace, comme en témoigne l'évolution des autorités qui refusaient toute densification, il y a deux ans encore», précise Mark Muller. Avant d'ajouter: «Nous ne voulons plus de cités satellites. Cela signifie qu'il faut désormais densifier modérément en périphérie avec des habitats à taille humaine et en tenant compte de l'avis des riverains».

Ou construire alors? «En ville, explique Muller. Par exemple à la Praille et aux Acacias.»
(mbn)


Une motion qui fâche

46 voix contre 38; un vote gauche droite classique; voici ce qui caractérise l'adoption, jeudi soir par le Grand Conseil, de la motion M1635 appelant à «tenir compte de la volonté de Thônex exprimée dans son plan directeur».

Conciliant et apparemment anodin, le texte demande au Conseil d'Etat:
 

Signée par l'UDC et l'Entente, la motion «constate le blocage complet des discussions entre le DAEL et la commune de Thônex».

Le texte veut donc faire un pas en direction de la commune notamment pour désamorcer des oppositions potentielles des riverains.

Un exercice semblable de médiation, souligne la motion, a été réalisé sur le plateau de Frontenex entre le DAEL et la commune de Chêne-Bougeries.

Lors du débat, la gauche et le patron du DAEL ont dénoncé une manœuvre qui ferait prendre beaucoup de retard au projet de densification.
(mbn)